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Acte 2 #62 – Le tourbillon m’emporte parfois tellement loin que j’ai l’impression de perdre pied. Mes aventures prennent tellement de place que j’ai parfois l’impression que mon cerveau s’assèche,
je me sens totalement auto-centrée,

parfois je le dis sur “Je suis libertine” : “j’ai l’impression d’avoir perdu des neurones”. Clairement, j’ai l’esprit pris ailleurs, je suis moins efficace dans mon travail, je papillonne d’une tâche à l’autre, toujours les yeux rivés sur mon téléphone. J’évite mes amis. Ce jour-là pourtant, je déjeune avec Clémence. Clémence est ma plus vieille copine, on se connaît depuis la 6ème, on se voit peu mais on se raconte tout. ce jour-là, donc, elle me raconte, fébrile, l’achat de sa maison à Cachan, la signature du compromis de vente, l’attente de l’accord de la banque, les assurances du courtier, l’excitation. Elle me montre toutes les photos trois fois de suite, se projette, commente. J’essaye de me montre enjouée, heureuse pour elle, mais j’ai l’esprit qui vagabonde.
J’ai encore le sourire des échanges du matin avec le poète fou – ou était-ce avec Pascal, Rémi ? Au fond je ne sais plus…

La maison est jolie mais Cachan, pour qui vivait à Aubervilliers, c’est un vrai changement de vie. Les antipodes. Quand le sujet s’épuise enfin, elle me demande : “Et toi, ça va ?” Crâne, je réponds : “Oh moi, ça va… Je baise.” Je lui montre le baise-en-ville discret qui tient dans mon sac à main. Elle pouffe. “Toujours tes aventures gleediennes ?” Je réalise qu’en trois mois, je l’ai tellement peu vue qu’elle a raté beaucoup d’épisodes. Lors de notre dernier déjeuner, nous avions encore commenté les derniers soubresauts de la rupture avec le mauvais garçon, les humeurs de son compagnon. Pendant les vacances de Noël, avec les enfants, nous en étions restées à l’écume, pas de confidences sur mes aventures. “Non, j’ai abandonné Gleeden. Je vais sur Okcupid maintenant, ne me dis pas que je ne t’en avais même pas parlé ?” Il y a tellement à raconter que je ne sais pas par où commencer. J’évoque l’excès. Le sentiment grisant d’être tant courtisée, recherchée. Elle sourit avec indulgence, comprend l’envie de plaire, le besoin de vivre sans attache, ce moment de vie où j’ai besoin de liberté et d’inventer autre chose. Je ne détaille pas, généralise sur la qualité des rencontres, l’homogamie qu’induit l’absence de traduction du site. Nous dissertons sur le couple. Elle conserve malgré l’achat imminent de la maison une envie de vivre seule, de construire d’autre façon d’être ensemble, chacun chez soi, de préserver des moments de solitude. Mais je ne peux pas lui confesser le tiers de mes aventures, elle s’y perdrait…

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