74 – Retrouvailles avec le poète fou

Acte 2 #74 – Vivre de façon légère des relations suivies est un art difficile. Il faut naviguer entre l’écueil de l’attachement et celui de l’indifférence. Ne pas glisser dans le sentimentalisme, savoir malgré tout s’ouvrir et découvrir l’autre comme personne pour ne pas renouveler indéfiniment les premières fois où l’on n’effleure que le corps de l’autre. C’est aussi un art assez peu balisé. J’expérimente. Mes partenaires aussi. Certains sont plus doués que d’autres pour la légèreté. Le poète fou a beau avoir connu de longues périodes légères, il reste un écorché – un être tourmenté le coeur à vif, à fleur de peau. C’est aussi un partenaire lunatique. C’est son silence soudain autant que les complications de la relation avec Badseed qui a été un des moteurs de mon retour sur Okc en février. Lui qui disait avoir quitté le site en janvier, je l’y retrouve presque immédiatement. Il me complimente sur mes nouvelles photos, nous flirtons par messages interposés comme nous savons si bien faire. Je m’étonne de le retrouver là, lui qui s’était dit en plein questionnement, en overdose de légèreté. “Bon alors, tu es reparti en mode volage ? Tu explores ?” Sa réponse fait écho à d’autres conversations sur l’impasse de la légèreté. “Je cherche de l’amabilité.” Pour lui, le couple était in fine inévitable “sinon tu finis par vieillir seul”. Il hésitait à retrouver Dorothée, parce qu’au bout de quelques années il s’était lassé, comme il s’était lassé de Constance, d’Enora, de Delphine. Il est reparti en quête d’amour et de stabilité. Dont acte. Même si je préfèrerais le fréquenter encore un peu. J’ironise légèrement, comme nous en avons l’habitude “Et tu penses trouver ici ?” Les échanges électroniques produisent du décalage. Il ne me répond pas directement mais rebondit sur ma question précédente. “Non, pas trop volage… Je n’ai pas cette compétence qui accapare de trop l’esprit et mon corps fragile.” Ça je le savais depuis le début au fond. Dans ces annulations de rendez-vous à répétition, dans ces logorrhées interminables, dans cette
approche difficile à chaque nouvelle rencontre, il y avait cette fragilité. Comme s’il vivait chaque rencontre légère comme une épreuve physique. Puis il ajoute “Pour l’amabilité, j’avais un peu pensé à toi.” Évidemment sa phrase me laisse songeuse. Est-il donc si difficile d’inventer d’autres formes de relation ? Je suis lâche et j’élude, mais nous convenons de nous revoir vite…

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