Haricots mungo chez le poète fou

Acte 2 #75 – Je rejoins le poète fou le samedi suivant dans sa maisonnette au Kremlin-Bicêtre. Ce soir-là, il a cuisiné des röstis
maison selon la recette de sa grande mère et transformé la dernière livraison de son AMAP en une crème d’épinards au fromage de brebis et une compotée de chou rouge pamplemousse, le tout garni d’un œuf poché. Le résultat n’est guère instagrammable mais c’est très bon. Nous buvons, nous parlons. Il m’avait demandé ce dont j’avais envie pour cette soirée, quels fantasmes je voulais explorer. Je lui avais tout simplement demandé s’il croyait possible de sortir de sa retenue lorsque nous couchons ensemble. Il ne voit qu’une seule solution, tenter le haschich même s’il me prévient qu’il pense que ce que je décris de lui est lié à un cocktail que le haschisch ne peut pas seul dissoudre. Il a donc prévu en dessert un space cake, sous forme de crêpes coréennes aux haricots mungo – avec le poète fou rien n’est jamais simple. Nous continuons à parler un verre
à la main tandis qu’il cuisine, nous continuons à égrener les sujets tandis que la pâte se parfume de haschich, que les crêpes se forment. C’est sec mais c’est drôle. Je suis déjà là depuis 2 heures et on ne s’est pas encore touchés. Ça n’a rien d’étonnant, les rapprochements sont toujours longs avec le poète fou. Nos assiettes vidées, nous dansons longuement dans son salon, chacun de notre côté, puis nous nous rapprochons. Quand nous nous touchons enfin, son minuscule canapé nous accueille. Il est bien trop petit pour son corps de géant, nous sommes déjà gris mais nous réussissons quand même à l’ouvrir pour baiser au milieu du salon. Tout est plus fou ce soir-là. Je ne sens pas le haschich monter, mais je sens le poète fou plus spontané que d’habitude. La baise l’est aussi. Ses mains se font plus curieuses, plus tendres, il ne cherche pas à intellectualiser ou compliquer trop nos ébats. Je jouis très fort ce soir-là mais surtout je le sens enfin se laisser un peu aller. La parenthèse n’aura pas duré longtemps. Le lendemain au réveil, il a l’œil triste et mal aux cheveux. Il remet de la distance dans le sexe. Nous traînons longtemps au petit-déjeuner, puis entre ses bouquins dans le salon, il me montre des romans qu’il a aimé, me propose des lectures, raconte des souvenirs, nous débattons politique, les heures filent – mais nous ne nous touchons plus. En début d’après-midi, je tente une approche : “Dis joli poète fou, je vais pas faire long feu mais avant de partir, je profiterais bien encore un peu de toi”. Il décline poliment, se déclarant un peu barbouillé de nos paradis artificiels de la veille. Je quitte sa maisonnette un peu sur ma faim, évidemment déçue et me demande bien à quoi riment nos rencontres.

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