79 – Assumer mes envies

Paris 20e – Rue Frédérick Lemaître

Acte 2 #79 – Lorsque je m’inscris sur Okc, je veux affronter pleinement mon envie de liberté et de pluralité. “Je butine” est ma réponse favorite quand on me demande ce que je cherche. Sur Okc, les configurations amoureuses variées ont toute leur place : dès l’inscription, l’appli interroge “Are you open to a non monogamous relationship ?” Oui. Evidemment. Je recherche donc du “non monogamous short-time dating”. Lors de ma première plongée sur Okc en novembre, j’avais pourtant choisi de ne rencontrer que des “single” de façon très pragmatique : j’en avais soupé des chambres d’hôtel et des déjeuners coquins, avec ma liberté retrouvée, j’avais envie de rencontrer des partenaires libres en soirée – et de faire autre chose de mes pauses déjeuners. Lors de ma seconde plongée sur Okc en février, échaudée des échanges ambigus avec Badseed sur le statut de notre relation, j’élargis mes critères de recherche à toute personne qu’elle soit ou non engagée dans une relation. Dans la masse des messages, il y a rapidement une tendance qui domine : l’homme en “open relationship”. J’avais déjà échangé avec l’urbaniste,
rencontré en décembre, lui aussi en couple libre, sur l’ouverture de son couple : c’est en réponse à une crise qu’ils avaient tous les deux décidé de reprendre leur liberté. Mais dans les règles qu’ils ont défini, leur liberté ne doit pas empiéter sur leur vie de couple : ce sont donc des pauses discrètes que me propose l’urbaniste, déjeuner à l’hôtel ou fin de journée coquine. Sam, le voisin trop gentil avec qui je discute de longues heures, a pris sa liberté parce que sa compagne s’est perdue dans la maternité. Est-ce qu’elle est vraiment au courant, ce n’est pas très clair. Elle n’a en tous cas pas repris sa liberté de son côté. Armand, ma drama queen préférée, ne théorise rien puisque je découvre après coup qu’il est moins libre qu’il n’en a l’air. Je pourrais multiplier les exemples. Mais dans ces rencontres, je pêche à avancer sur comment on gère dans un couple l’envie de l’autre, comment on accepte pleinement la liberté réciproque. C’est peut Mina qui m’en dit le plus. Cela fait plus de 10 ans, qu’elle ne vit que des relations ouvertes, c’est pour elle devenu naturel : elle ne sait pas résister à la dynamique de séduction. Elle souligne l’ambiguïté d’ailleurs de la fidélité : est-on toujours fidèle quand on n’a pas de relation sexuelle en dehors de son couple mais qu’on flirte de façon appuyée pendant de longs mois avec un collègue ? L’envie est là, le désir de l’autre est là, les émotions sont là, le cœur qui bat, la chaleur qui monte – oui, il ne s’est rien passé de répréhensible, rien de tangible, mais de fait on est par-delà la fidélité. Elle assume donc. Pour elle, comme pour ses partenaires. Sans ne rien dire en général de précis. Mais elle avoue aussi que c’est toujours difficile d’accepter ce que vit l’autre ailleurs. Que même au bout de dix ans, elle a souvent mal au ventre quand elle sait ou devine ce que vit l’autre. C’est d’autant plus fort qu’elle vit cette année avec son compagnon, ce qui ne lui était jamais arrivé jusqu’ici – vivre ensemble rend les moments de liberté plus complexes, où voir l’autre ? quand ? Elle souligne aussi la difficulté à ne pas avoir de sas de décompression, de lieu à elle pour souffler quand elle vient de vivre quelque chose d’intense, qu’elle aimerait parfois pouvoir revivre pour elle des moments, rêver, sourire, sans se confronter au regard de l’autre…

 

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