82 – Auto-entrepreneuse en libertinage

Je viens donc d’entrer chez Dimitri et Nathalie, dans l’immense appartement de tante Emi. La conversation s’engage, légère. Depuis notre rencontre trois semaines plus tôt, nous avons échangé beaucoup de photos, compté les lundis avant de nous retrouver. Mais nous ne sommes guère revenus sur la question du couple ou de la compersion. Nous reprenons le fil. Ils me racontent volontiers leur entrée en libertinage, d’où chacun d’eux venait. C’est pour Dimitri que le chemin a été le plus naturel. Il a eu une aventure avec une femme mariée, il était l’amant officiel, connu et accepté par le mari – un véritable trouple. La relation a duré plus de 5 ans, au vu et presque au su de tous. C’était, malgré la distance, une relation fusionnelle d’une grande complicité « je savais ce qu’elle faisait à 10 minutes près ».  Au fil des années, la relation s’est compliquée – principalement quand elle a voulu aller voir ailleurs, alors qu’ils avaient déjà trop peu de temps pour se voir. Nathalie a un passé plus classique : elle rencontre Dimitri peu de temps après la rupture avec le père de ses enfants. C’est lui qui est parti mais elle ressent rapidement cette nouvelle vie comme un vrai soulagement. Dimitri et Nathalie se rencontrent assez vite après leurs séparations respectives, accrochent, s’aiment et ont pendant quelques années une relation classique. Au bout de deux années, vient l’envie d’ouvrir leur couple. Il fréquentent d’abord des « apéros libertins » où ils recherchent une femme à partager. Un habitué leur explique qu’on appelle ça une licorne : « on en parle beaucoup, beaucoup la cherchent mais personne n’en a vues… » C’est un peu exagéré. Car de fait, des licornes ils en trouvent… Ils fréquentent des sites libertins, des clubs, explorent ensemble. Ils s’inscrivent ensuite séparément sur des sites de rencontre. C’est Nathalie qui va changer la donne en rencontrant une femme – elle ce sont les femmes qui l’intéressent dit-elle, notamment parce qu’elle a déjà dans son couple l’homme qu’il lui faut. Elle rencontre sur Okc une femme qui lui plaît et à qui elle ne raconte pas tout de suite sa situation, ne dit pas qu’elle est déjà en couple et cherche seulement une relation parallèle. S’en suivent quelques semaines de passion et d’emballement, l’autre femme refusant d’entendre qu’elle a déjà une relation installée. Elle finit par tout avouer à Dimitri qui la comprend parfaitement, pardonne les mensonges et veut l’aider à trouver un mode de fonctionnement qui leur convienne à tous les deux. C’est là qu’il commence à lire sur le polyamour et met ce mot de compersion sur la façon dont ils ont envie de vivre ensemble ces moments d’exploration parallèles à leur couple. Progressivement ils inventent ensemble un fonctionnement polyamoureux, où la liberté de chacun n’empiète pas sur leur amour. Il y a une vraie complicité dans la façon dont chacun parle des rencontres de l’autres – même s’il est évident que c’est Nathalie qui vit le plus de rencontres et que Dimitri semble avoir moins d’occasions de vivre cette liberté.
Ils m’interrogent sur mon parcours, sur comment je vois ma propre liberté, comment je la construis. Je raconte le cheminement fait l’été dernier, la séparation avec le mauvais garçon, la réécriture de ma vie amoureuse autour de mon caractère volage. La multiplication de mes errances. J’explique pourquoi je me tiens loin du couple. De fait, c’est la première fois que je vois un couple vivre aussi sereinement leur ouverture. Le récit de Dimitri et Nathalie est tentant. Pourtant cette expérience leur appartient. Par rapport à ce que je vis, elle bute sur la centralité du couple. Je ne cherche pas un partenaire avec qui partager mon libertinage, je mène ma barque et j’explore en solitaire. Même si je cherche des partenaires réguliers, j’aime butiner seule, n’avoir de comptes à rendre à personne – c’est la raison pour laquelle je ne leur raconte jamais vraiment ce que je vis à côté. Au fond, ce parcours est initiatique et je vis ma transatlantique en pirate, je brave et j’affronte la houle seule, en chantant sous les orages et dansant dès que je peux sur le pont. Je leur raconte que contrairement à eux, je me sens une auto-entrepreneuse du libertinage.  “Auto-entrepreneuse ? Espèce de macroniste !” Comme je suis la gauchiste de service, ils rient de me voir assumer un statut d’indépendante. Et pourquoi pas après tout ?

 

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