#81 – La gourmandise et le recul

Paris, passage entre la rue Sorbier et la rue de la Bidassoa

Quand je laisse le bureau derrière moi ce lundi-là, il doit être 13h. Mes collègues sont partis déjeuner, personne ne verra donc la gourmandise de mon sourire, mon œil qui s’allume à l’idée de cet après-midi secret, de ce pied de nez aux conventions. Mon vélo m’entraîne jusqu’au quai des Célestins. Je rejoins Dimitri et Nathalie pour faire plus ample connaissance dans l’appartement de la tante Emilienne, une amie des parents de Dimitri, veuve et sans enfant, chez qui il loge cette année, le temps de finir de longs travaux dans son nouvel appartement à Cachan. L’appartement de la tante Emi. Il faudrait un chapitre entier rien que pour le décrire. 215 m² au cœur de Paris, en face de l’Île Saint Louis. Une décoration qui n’a pas bougé depuis plus de 40 ans, délicieusement bourgeoise et surannée, déjà complètement fanée. Dimitri y vit depuis un an comme un visiteur de passage, n’osant vraiment prendre ses marques dans cet espace déroutant mais instituant le lieu comme point de ralliement des amis libertins et autres artistes que le couple fréquente. Un jour ils y ont organisé une exposition. Le couloir était tapissé de récits de vie. Une chaise tournoyait en musique accrochée au plafond du salon. Ils redonnent vie et envie à ses murs qui n’avaient sans doute fait qu’héberger la tiédeur compassée de mœurs bourgeoises et d’ennui de bon ton. J’ai hâte de le découvrir…

Il fait beau ce jour-là, le printemps emplit l’air. Dimitri et Nathalie prennent le frais sur le balcon au moment où j’arrive et me saluent de loin, sourire aux lèvres. Je leur rends leur salut, tout sourire. Pourtant au moment où je sonne à l’interphone, un léger doute m’étreint. A quoi bon au fond ce trio ? Est-ce pour continuer à explorer ? Parce que ça m’excite vraiment ? Parce que j’ai tant envie de continuer à explorer des femmes ? Parce que ce couple est sympathique et qu’il a croisé ma route ? Ai-je tant envie que ça de découvrir de nouveaux corps ? Tant de compulsions à assouvir ? Pour tout ça à la fois sans doute…  Mes pieds ont moins d’hésitation que moi, ils m’entraînent le long du hall, me font monter les marches de l’escalier monumental, pousser la porte et balaient mes doutes. Je sais que Dimitri et Nathalie sont de belles personnes, que Nathalie a un charme fou, que Dimitri inspire immédiatement une confiance absolue. J’ai envie de ce moment à 3 dans la complicité d’un après-midi volé. Et j’en envie d’en savoir plus sur eux, sur leur vie à deux, leurs arrangements avec la liberté de l’autre – on verra bien ce qu’il ressort de cette après-midi. Au fond de moi, je sais qu’elle sera charnelle mais en franchissant la porte de l’immeuble, oui j’ai un léger moment d’hésitation. Dimitri et Nathalie sont loin d’en être à leur premier trio. Pourtant, quand je les rejoins dans le salon, je les sens un peu tendus, eux aussi ont leur moment d’appréhension. C’est vrai qu’on n’a pu que trop peu échangé lors de notre rendez-vous, dont le déroulement classique a été perturbé par l’arrivée tonitruante de Marcel. Ils ont dressé un véritable buffet sur les différentes consoles du salon, de la charcuterie, du fromage, une salade. On ne se sautera pas dessus directement et ça me va très bien. Ils sont respectueux de mes envies, de mon rythme – mais eux aussi ont envie, ont besoin de créer un lien avant de rendre le contact plus intime…

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